(Öri Infos) – Les 15 et 16 juin 2026, Lomé a accueilli une série d’ateliers de haute importance stratégique, entièrement consacrés à l’intégrité, à la transparence et à la bonne gouvernance dans la gestion des projets financés par le Groupe de la Banque mondiale, ainsi qu’aux mécanismes rigoureux de la passation des marchés.
En marge de ces travaux de grande envergure, la rédaction d’Öris Infos a pu s’entretenir de manière exclusive avec un acteur central de ce dispositif : M. Abdoulaye Keita, Coordonnateur sous-régional de la Passation des Marchés pour la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin et la Guinée au sein du Groupe de la Banque mondiale.

Entretien exclusif avec M. Abdoulaye Keita

Öri infos : Gagner un appel d’offres de la Banque Mondiale, c’est une question de relations ? Vrai ou Faux
A.Keita : Faux, on n’a pas besoin de connaître quelqu’un à la Banque mondiale avant de gagner un marché.
Öri infos : Toutes les entreprises peuvent-elles soumissionner à un appel d’offres de la Banque Mondiale ? Vrai ou Faux

A.Keita : Faux, parce que le principe, bien sûr, c’est l’éligibilité universelle, donc à priori tout le monde doit pouvoir participer, mais il y a des conditions d’éligibilité qui font que les entreprises qui font l’objet d’exclusion, notamment pour des questions liées à la fraude et à la corruption, ne sont pas autorisées à soumissionner. Les exclusions peuvent être temporaires ou définitives. Mais tant qu’il y a une exclusion, l’entreprise ne peut pas soumissionner.
Öri infos : Une petite entreprise peut battre une multinationale dans un appel d’offres financé par la Banque mondiale ? Vrai ou Faux
A.Keita : Vrai, mais il faut nuancer un peu quand même parce que retrouver une petite entreprise et une multinationale sur un même terrain, il faut dire que c’est quelque chose qui arrive très rarement, parce que normalement les marchés d’importance, ce sont ces marchés-là qui vont attirer les multinationales alors que les petites entreprises sont plus vers les petits marchés. Si l’on regarde d’un point de vue formel, on va dire seulement que l’attribution des marchés est basée sur un certain nombre de critères et c’est l’offre qui va se défendre, et si c’est l’offre de la petite entreprise qui convainc, bien évidemment qu’elle gagnera.

Öri infos : Il faut avoir déjà travaillé avec la Banque mondiale pour gagner un marché financé par la Banque mondiale ? Vrai ou Faux
A.Keita : Faux, pas nécessairement, parce que pour gagner un marché, il faut d’abord remplir les critères, disons, de participation, ensuite les critères de qualification, proposer une offre qui soit conforme à ce qui est demandé en termes de spécifications, le cahier des charges, et après c’est l’offre qui se défend, donc on retient l’offre la plus avantageuse. On n’a pas forcément besoin d’avoir eu une expérience antérieure.
Öri infos : Tous les marchés publics de la Banque Mondiale sont attribués à l’avance. Vrai ou Faux

A.Keita : Faux, c’est une idée préconçue et ce n’est pas toujours exact. Les marchés sont attribués sur la base de compétition, donc c’est un processus compétitif, des appels d’offres qui permettent de désigner les attributaires de marché.
Öri infos : Offrir un cadeau à un responsable de projet dans la passation d’un appel d’offres peut être considéré comme un acte de corruption. Vrai ou Faux
A.Keita : Vrai ; c’est l’intention qu’il faut voir. Ce cadeau, déjà, il ne faut pas qu’il soit un cadeau important, il ne faut pas aussi que l’intention derrière soit d’influencer les décisions qu’un tel responsable pourra prendre ; si c’est un cadeau avec un but précis d’influencer la décision, ça, c’est de la corruption.

Öri infos : La Banque mondiale peut sanctionner une entreprise impliquée dans une fraude même si le projet est déjà terminé. Vrai ou Faux
A.Keita : Vrai, même si le projet est déjà terminé, les investigations peuvent commencer pendant le projet ; le projet est clôturé, les investigations sont toujours en cours et c’est au terme des investigations que les décisions de sanctions sont prises, donc effectivement une entreprise peut être sanctionnée même si le projet est terminé.
Öri infos : La lutte contre la corruption permet de construire plus d’écoles, plus d’hôpitaux et plus de routes avec le même budget ? Vrai ou Faux

A.Keita : Vrai, comme on le dit, il faut que les ressources aillent vers l’objet auquel elles ont été attribuées, donc moins il y a de la corruption, plus il y a de la ressource disponible ; moins il y a de la corruption, plus il y aura d’écoles, de routes.
Öri infos : Chaque dollar financé par la Banque mondiale doit être utilisé conformément aux objectifs prévus par l’accord de financement. Vrai ou Faux ?
A.Keita : Vrai, c’est pour cela que la Banque a mis en place des mécanismes fiduciaires, la Banque a mis en place tout un dispositif pour gérer les questions de fraude et de corruption, pour gérer les questions de plaintes aussi associées à la passation des marchés.

Öri infos : En une phrase, quel conseil donneriez-vous aujourd’hui à une entreprise togolaise qui souhaite participer à un marché financé par la Banque mondiale ?
A.Keita : Je conseillerais à une telle entreprise d’abord d’aller vers l’information, de chercher à mieux comprendre les procédures et les règles de la Banque, de se préparer en conséquence. Il y a beaucoup d’opportunités, il faut comprendre les règles pour s’informer et se préparer aussi à participer. Tout le monde a sa chance parce que les règles sont définies de manière à garantir l’équité. »

