Le 12 avril 2025, les Gabonais se sont rendus aux urnes pour élire leur président, marquant la fin d’une transition militaire de 19 mois après le coup d’État d’août 2023 qui a renversé Ali Bongo et mis fin à 55 ans de règne de la famille Bongo. Brice Clotaire Oligui Nguema, général putschiste et ancien chef de la garde républicaine, est sorti grand vainqueur avec 90,35 % des voix, selon les résultats provisoires annoncés par le ministère de l’Intérieur. Son principal adversaire, Alain-Claude Bilie By Nze, ancien Premier ministre d’Ali Bongo, n’a obtenu que 3,02 %, tandis que les six autres candidats n’ont pas dépassé 1 %. Le taux de participation s’est élevé à 70,4 %, reflétant un fort engagement civique.

Contexte : une transition sous contrôle militaire
Après avoir pris le pouvoir en 2023, Oligui Nguema a dirigé le Gabon en tant que président de transition, promettant de rendre le pouvoir aux civils dans un délai de deux ans. Contrairement aux juntes militaires dans d’autres pays africains, il a tenu parole en organisant cette élection. Une nouvelle Constitution, adoptée fin 2024, et un code électoral modifié début 2025 ont permis aux militaires comme lui de se porter candidats, à condition de quitter temporairement leurs fonctions. Oligui a ainsi troqué son uniforme pour briguer un mandat de sept ans, se présentant comme le « candidat du peuple ».
La campagne, qui a duré 13 jours, a été largement dominée par Oligui. Ses affiches électorales étaient omniprésentes, et son discours axé sur la reconstruction du Gabon a résonné auprès d’une population épuisée par des décennies de mauvaise gouvernance sous les Bongo. Les autres candidats, bien que présents, ont eu une visibilité limitée, et certains, comme Bilie By Nze, ont dénoncé des risques de fraude, sans toutefois empêcher le bon déroulement du scrutin.
Déroulement du scrutin : transparence et sérénité
L’élection s’est déroulée dans un climat relativement calme, une rupture notable avec les scrutins tendus de 2016 et 2023, marqués par des accusations de fraude et des violences. Environ 920 000 électeurs étaient inscrits, répartis dans 3037 bureaux de vote, dont 96 à l’étranger. Pour la première fois, les médias privés et étrangers ont été autorisés à filmer le dépouillement, renforçant la perception de transparence. Des observateurs internationaux ont rapporté peu d’incidents majeurs, bien que certains bureaux aient restreint l’accès aux observateurs.
Les résultats partiels, diffusés dès la nuit du 12 avril par les médias officiels comme Gabon 24, montraient déjà Oligui en tête avec des scores écrasants, parfois 100 % dans certains bureaux à l’étranger. Les chiffres définitifs ont confirmé cette domination, accueillie par des célébrations dans son quartier général à Libreville.
Défis et attentes
Malgré cette victoire, Oligui hérite d’un Gabon confronté à des défis colossaux : chômage élevé (près de 30 %), pannes fréquentes d’électricité et d’eau, routes délabrées, hôpitaux et écoles en piteux état, et une dette publique atteignant 73,3 % du PIB en 2024. Le pays, riche en pétrole, manganèse et bois, reste marqué par des inégalités criantes, avec un tiers de la population vivant sous le seuil de pauvreté.
Pendant la transition, Oligui a tenté de répondre à certaines attentes : augmentation de la capacité électrique via des partenariats (comme avec la société turque Karpowership), audits des finances publiques, et promesses de régler une partie de la dette intérieure. Cependant, des critiques persistent, notamment sur les coupures d’électricité récurrentes et sur le fait qu’Oligui, ancien proche des Bongo, pourrait perpétuer certains aspects du système qu’il a renversé.
Réactions et perspectives
Pour beaucoup de Gabonais, comme Marthe Blandine Ngnigone Bibé, 63 ans, citée dans la presse, Oligui représente un espoir de changement après des décennies de stagnation. D’autres, plus sceptiques, craignent une consolidation du pouvoir militaire sous une apparence démocratique. L’opposition, affaiblie et fragmentée, n’a pas réussi à contrer sa popularité, renforcée par une habile communication et des gestes symboliques, comme des visites aux écoliers ou des rassemblements religieux.
Avec des pouvoirs élargis par la nouvelle Constitution (qui supprime le poste de Premier ministre au profit d’un vice-président), Oligui Nguema a désormais les coudées franches pour façonner l’avenir du Gabon. Reste à savoir s’il saura transformer l’essai et répondre aux immenses attentes d’une population en quête de justice sociale et de prospérité.
