Impossible d’évoquer le Togo sans parler de son Grand Marché, cœur battant du commerce où le pagne occupe une place de choix. Ce tissu coloré et aux motifs élégants, connu sous le nom de « wax hollandais », était initialement importé par les Néerlandais durant la période coloniale. Mais il a rapidement été adopté et maîtrisé par une élite de commerçantes togolaises : les célèbres Nanas Benz.
Ces femmes influentes ont bâti un empire autour du pagne, exportant leur savoir-faire bien au-delà des frontières togolaises. « Mari capable », « L’œil de ma rivale », « L’union fait la force » ou encore « Fleur de mariage » sont autant de motifs emblématiques qui, encore aujourd’hui, véhiculent des messages subtils entre les femmes, notamment celles partageant un mari.
Un âge d’or révolu ?
Autrefois puissantes et prospères, les Nanas Benz ont vu leur domination s’effriter avec l’arrivée massive de pagnes produits au Nigeria et en Chine, moins coûteux et plus accessibles. Cette concurrence, ajoutée aux incendies qui ont ravagé le Grand Marché de Lomé, a porté un coup dur à leur activité.
Cependant, certaines héritières de ces icônes du commerce tentent de préserver l’héritage familial. Raymonde Kayi Lawson, députée togolaise et petite-fille de Manavi Ahiankpor Sewoa (alias MANATEX), confie sa fierté d’appartenir à cette lignée. De son côté, Matty Wilson, issue d’une famille de Nanas Benz, perpétue la tradition en modernisant la vente de pagnes, notamment par des expositions à l’international.

Qui étaient les Nanas Benz ?
Le terme « Nana » signifie affectueusement « mère » ou « grand-mère » en langue mina, tandis que « Benz » fait référence aux luxueuses Mercedes que ces femmes s’offraient, symbole de leur réussite exceptionnelle.
À partir des années 1960, elles ont pris le contrôle du commerce du wax en Afrique de l’Ouest, s’approvisionnant d’abord à Accra auprès de la société Vlisco. Mais face aux restrictions douanières du Ghana, elles ont su rebondir en devenant les intermédiaires incontournables du marché du textile en Afrique francophone. Leur influence était telle qu’elles mettaient même leurs véhicules à la disposition des chefs d’État lors des grands sommets organisés à Lomé.
Dans les années 1970 et 1980, elles représentaient près de 40 % des activités commerciales informelles du pays et contribuaient à hauteur de 39,6 % au PIB togolais. Véritables piliers de l’économie nationale, elles faisaient de Lomé la plaque tournante du textile en Afrique de l’Ouest.

Une renaissance possible ?
Le décès en 2023 de Dédé Rose Creppy, l’une des dernières figures emblématiques des Nanas Benz, marque la fin d’une époque.

Aujourd’hui, le pagne ne joue plus le même rôle économique qu’autrefois et la nouvelle génération peine à retrouver le prestige d’antan.
Selon Raymonde Kayi Lawson, seule une volonté politique forte et des partenariats stratégiques pourraient redonner un second souffle à ce commerce. Des accords avec la marque Vlisco, l’ouverture d’usines locales utilisant le coton togolais, ou encore des mesures de protection du marché national sont autant de pistes pour relancer cette industrie.

Malgré les défis, certaines jeunes entrepreneuses comme Matty Wilson redoublent d’efforts pour moderniser l’héritage des Nanas Benz. Elles utilisent les réseaux sociaux, exposent leurs collections dans des galeries internationales et collaborent avec des stylistes pour donner une nouvelle image au pagne.
« Nous ne sommes peut-être pas aussi célèbres que nos mères, mais nous faisons de notre mieux pour faire vivre leur héritage », confie Matty Wilson.
Le commerce du pagne au Togo traverse une période d’incertitude, mais une chose est sûre : les Nanas Benz resteront à jamais des figures incontournables de l’histoire économique et culturelle du pays.
Source: BBC NEWS AFRIQUE
