Une enquête publiée le 7 février 2025 par le quotidien britannique The Guardian révèle que des centaines de soldats rwandais auraient été tués en République démocratique du Congo (RDC) depuis la reprise des combats du groupe armé M23 en 2021. Ces informations, basées sur des images satellites et des sources du renseignement, remettent en question les dénégations officielles du gouvernement rwandais quant à son implication militaire en RDC.
Des pertes humaines massives
Selon The Guardian, des images satellites du cimetière militaire de Kanombe à Kigali montrent une expansion significative, avec l’ajout de centaines de nouvelles tombes entre août 2021 et décembre 2024. Le journal britannique indique qu’ au moins 500 nouvelles tombes ont été recensées dans la partie sud du cimetière et « une centaine » dans la partie nord.
Des sources du renseignement estiment que les pertes de l’armée rwandaise en RDC se chiffreraient « en milliers ». Certaines dépouilles de soldats rwandais n’auraient pas été rapatriées et auraient été enterrées dans des fosses communes sur le territoire congolais, faute de logistique ou pour éviter toute confirmation officielle des pertes.

Un soutien militaire rwandais au M23 pointé du doigt
Depuis la reprise de l’offensive du M23 en août 2021, plusieurs rapports du Groupe d’experts de l’ONU ont accusé Kigali de soutenir militairement ce groupe armé, ce que le Rwanda a toujours nié. Dans une récente interview accordée à CNN, le président rwandais Paul Kagamé avait répondu qu’il « ne savait pas » si des soldats rwandais étaient présents en RDC.
Pourtant, les Nations unies affirment que l’armée rwandaise exerce un « contrôle de facto » sur le M23, qui a récemment pris le contrôle de Goma et de plusieurs territoires du Nord-Kivu. The Guardian souligne que la prise de Goma a été marquée par des affrontements violents ayant causé la mort de 2 900 personnes.
Une crise aux répercussions diplomatiques
Si les informations de The Guardian sont confirmées, elles pourraient avoir un impact diplomatique majeur. Le nombre élevé de soldats rwandais tués constituerait une preuve supplémentaire de l’implication du Rwanda dans le conflit congolais, ce qui pourrait accentuer la pression internationale sur Kigali.
Ces révélations surviennent alors que les présidents de la RDC et du Rwanda participent à un sommet régional visant à mettre fin aux violences dans l’est de la RDC. Bien qu’un cessez-le-feu ait été appelé, la crainte d’une escalade du conflit en une guerre régionale plus large reste présente.
Un silence pesant des familles des victimes
The Guardian rapporte avoir tenté d’interroger des familles de soldats rwandais tués, mais celles-ci ont refusé de s’exprimer. Un exilé rwandais en France, dirigeant un groupe appelé ARC Urunana Nyarwanda France, affirme avoir été en contact avec certaines familles endeuillées. Selon lui, la douleur est immense :
« Il y a une file d’attente de familles tellement longue qu’elles n’ont droit qu’à 30 minutes sur la tombe », explique-t-il. « Les cercueils sont toujours scellés, soit parce que le soldat est méconnaissable en raison de ses blessures et brûlures, soit parce que le cercueil est vide. »
Face à ces révélations, Kigali continue de nier toute implication en RDC. Cependant, la multiplication des rapports et des preuves satellitaires risque de fragiliser cette position dans les semaines à venir.
