(Öri Infos) – Si tu lis ces lignes, peut-être que quelque chose en toi hurle déjà. Un malaise. Une fatigue. Cette petite voix qui murmure : « ce n’est pas normal…«
Pourtant tu restes. Parce que tu espères un changement. Parce que tu crains le regard des autres.
Parce que tu l’aimes encore… ou plutôt, tu crois toujours à ce qu’il était au début.

Une chose est sûr l’amour ne devrait jamais faire mal.
La violence conjugale, c’est quoi exactement ?
On pense souvent que la violence, c’est seulement quand il frappe. En réalité, ça commence bien avant. Il y a les insultes répétées, le contrôle de ton téléphone ou de tes sorties, les humiliations devant les autres, les menaces « pour rire », ou cette petite phrase qui casse doucement : “Tu n’es rien sans moi.”
Ces comportements ne sont pas anodins. Le Code pénal togolais, dans son article 232, définit comme violences à l’égard des femmes « tout acte de violence dirigé contre les personnes de sexe féminin qui leur cause ou peut leur causer un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques ». Le texte précise que les auteurs de ces actes sont punis sévèrement.
En clair, la violence, ce n’est pas seulement les coups. C’est tout ce qui te détruit à petit feu.
Pourquoi on reste… même quand ça fait mal ?
On reste parce qu’on espère un jour meilleur, qu’on a peur de partir, qu’on pense aux enfants ou qu’on dépend financièrement. Parfois on a été tellement rabaissée qu’on finit par croire qu’on ne mérite pas mieux.
C’est une réalité : selon une enquête Afrobaromètre publiée en 2022, près de la moitié des Togolais considèrent qu’il est parfois justifié qu’un homme batte sa femme et 22 % trouvent « assez courant » qu’un homme utilise la violence contre une femme. La pression sociale peut pousser à garder le silence.
Les signes qu’il faut agir
À force de minimiser, on se perd. Si tu te reconnais dans ces situations :
- Tu as peur de ses réactions et tu évites les conflits ;
- Tu caches ta situation à tes proches ;
- Tu te sens seule même lorsqu’il est là ;
- Tu pleures sans savoir pourquoi
Alors ce n’est plus “juste compliqué”… c’est dangereux.
Comment faire face concrètement ?
Je ne vais pas te mentir : partir ou te protéger n’est jamais simple. Mais c’est possible.
1. Parle à quelqu’un de confiance
Une amie, une sœur, une collègue. Ne garde pas ça pour toi. Le silence protège toujours l’agresseur, jamais la victime.
2. Prépare-toi discrètement
Si la situation est grave, mets de côté un peu d’argent, garde tes documents importants, identifie un endroit sûr où aller. Ce n’est pas de la fuite, c’est de la stratégie.
3. Utilise les lignes d’urgence
Au Togo, des numéros ont été mis en place pour accompagner les victimes : 8284 pour les femmes et 1011 pour les enfants. Ces lignes peuvent orienter vers des centres d’écoute et des structures d’aide.
4. Porte plainte et demande une ordonnance de protection
Les plaintes pour violences domestiques peuvent être déposées au commissariat ou à la gendarmerie. Les ordonnances de protection existent et permettent de faire éloigner l’agresseur. Un avocat spécialisé peut t’aider à rassembler les preuves et à accélérer les démarches
Ce que dit la loi togolaise
Au Togo, plusieurs textes protègent les femmes contre les violences. Outre l’article 232 du Code pénal évoqué plus haut, le nouveau code pénal adopté en 2015 contient des dispositions coercitives pour lutter contre les violences physiques, psychologiques, économiques et sexuelles ; des peines d’amende dépassant un million de F CFA et des peines de prison allant jusqu’à cinq ans sont prévues. La situation de vulnérabilité des femmes est considérée comme une circonstance aggravante.
Des lois spécifiques ont été modifiées ces dernières années : protection des apprenants contre les violences sexuelles, renforcement de l’accès égal à l’emploi, amélioration des droits socio‑économiques des femmes et modification du code des personnes et de la famille. Le cadre juridique inclut aussi le Code des personnes et de la famille, le Code de l’enfant et une loi de protection contre les violences à caractère sexuel. En parallèle, un Plan d’action national de lutte contre les violences basées sur le genre 2022‑2026 a été adopté et le pays a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les discriminations à l’égard des femmes (CEDAW) et le Protocole de Maputo.
Malgré ce cadre, l’application de la loi reste un défi : manque de ressources, pesanteur sociale et accès limité à la justice. C’est pourquoi les associations insistent sur la sensibilisation et l’accompagnement des victimes.
Tu n’es ni folle ni trop sensible. Tu ne mérites pas ces violences. Ce que tu vis est reconnu par la loi et il existe des recours et des soutiens. Tu as le droit d’être respectée, protégée et aimée sans violence.
Parfois on prie pour que la situation change… alors que Dieu nous donne déjà la force de partir. Même avec les larmes, même avec la peur.
Ne reste pas seule. Parle, demande de l’aide, utilise les ressources légales et sociales à ta disposition. Et si tu n’es pas concernée mais que tu connais quelqu’un, tends la main.

