(Öri Infos) –C’est une histoire aussi touchante qu’extraordinaire. À Kagbelen, dans la commune du même nom en Guinée Conakry, vit Ibrahima Sory Camara, un homme non-voyant et porteur de handicap physique, marié à trois femmes elles aussi aveugles.
Ensemble, ils forment une famille hors du commun, élevant 16 enfants. Sa dernière femme vient d’accoucher il y a juste trois semaines. Elle a eu des jumeaux : un garçon et une fille. Avec ces deux nouveaux-nés, Ibrahima Sory Camara devient père de 18 enfants vivants.


Sur les réseaux sociaux, l’histoire fait grand bruit. Interrogé, Ibrahima Sory Camara a retracé l’origine de sa cécité : « Je suis Ibrahima Sory Camara, artiste de profession. J’ai un album prêt, mais il n’est pas encore sorti faute de moyens. Cette maladie m’a touché une semaine seulement après ma naissance, alors que j’étais à Forécariah.
Ça a commencé par des maux de tête, puis la maladie est montée jusqu’à mes yeux. Mes yeux sont sortis de l’orbite. Ma mère s’est battue, ils sont revenus à leur place, mais faute de moyens, on n’a pas pu respecter les délais pour l’intervention médicale. Les médecins ont alors dit qu’ils ne pouvaient plus opérer. Depuis ce jour, je n’ai jamais recouvré la vue ».
«Je suis marié à trois femmes»
Dans un témoignage bouleversant, Ibrahima Sory raconte aussi comment il s’est marié à ses trois femmes, toutes atteintes de cécité : « Oui, je suis marié à trois femmes : Fatoumata Bangoura, Mariama Soumah et Djenaba Sylla, toutes aveugles. Je suis père de 16 enfants et aucun d’eux n’a hérité de notre handicap, ils voient tous bien. Les plus grands sont à l’école, les plus jeunes pas encore scolarisés

Au début, j’ai tout fait pour avoir une femme voyante, je n’ai pas réussi. C’est pourquoi j’ai décidé de me marier avec des femmes dans le même état que moi. J’ai épousé la première, qui était aveugle, puis la deuxième, et enfin la troisième, elle aussi aveugle et actuellement enceinte. Mais toutes ont été épousées légalement, avec le consentement de leurs familles et des dots versées. Ce ne sont pas des femmes ramassées. »
Concernant leur quotidien, Ibrahima Sory Camara explique que la famille vit uniquement de la mendicité : « Nous n’avons rien d’autre que la mendicité. Chaque matin, chacun sort de son côté, on se rend au bord des routes pour mendier. Le soir, on se retrouve ici à la maison. C’est avec ce qu’on récolte qu’on paie notre loyer et qu’on subvient à nos besoins. »
Face à ces difficultés, Ibrahima Sory Camara lance un appel au président Mamadi Doumbouya et aux bonnes volontés :

« Je demande au président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, et à son gouvernement, de penser à nous. Il a fait beaucoup pour le pays, qu’il pense à moi aussi. J’ai trois femmes aveugles et 16 enfants. Nous souffrons beaucoup. Vous connaissez la mendicité, ce n’est pas une vie facile ».
Des propos recueillis par la rédaction d’AvenirGuinée. La famille occupe trois chambres séparées, une pour chaque épouse et ses enfants. Le loyer mensuel total s’élève à 900 000 GNF.

