Dans une lettre ouverte adressée au Président de l’Assemblée nationale, des députés de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) et de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI) prennent fermement position face aux événements tragiques survenus à partir du 06 juin 2025. Alors que le pays traverse une vague de mobilisation populaire d’une ampleur inédite, les parlementaires dénoncent la répression violente, le silence institutionnel et l’indifférence du pouvoir face à la détresse citoyenne.
Malgré les nombreux appels à la justice et à la vérité, l’Assemblée nationale s’apprête à clore sa session sans un mot sur les violences, les arrestations arbitraires ni sur les cinq corps retrouvés dans la lagune de Lomé. Une attitude que les signataires jugent inacceptable et contraire aux principes républicains.
Ils s’élèvent contre ce qu’ils qualifient de « mascarade institutionnelle » et appellent à une session extraordinaire, conformément à l’article 31 du règlement intérieur, pour examiner la crise nationale. Les députés exigent la condamnation officielle de la répression, la libération des détenus, l’ouverture d’une enquête indépendante, et l’arrêt immédiat du processus électoral en cours, qu’ils estiment illégitime dans ce contexte de tension extrême.
Dans un appel solennel, ils rappellent que leur devoir n’est pas de « siéger dans un confort climatisé pendant que le peuple est asphyxié au gaz lacrymogène », mais d’être aux côtés de ceux qui luttent pour la démocratie et la dignité. Ils affirment que l’inaction des institutions menace davantage la République que la contestation populaire.
Voici ci-joint, la lettre ouverte :
Lettre ouverte des députés de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI) et de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) au Président de l’assemblée nationale
Monsieur le Président,
Ce vendredi 27 juin 2025, nous, députés de la DMP et de l’ADDI, avons reçu, comme sans doute
nos collègues de la majorité UNIR, une convocation du Secrétaire général de l’Assemblée nationale à la séance plénière de clôture de la première session ordinaire de l’année, le lundi 30 juin 2025 à 10 heures, au siège de l’Assemblée nationale.
Cette convocatio intervient alors que notre pays vit depuis le 26 juin une mobilisation
citoyenne d’une ampleur inédite, suite à l’appel à manifester de la jeunesse togolaise désabusée par la gouvernance actuelle et profondément inquiète pour son avenir, en s’appuyant sur l’article 150 de la Constitution de la 4e République.
En effet, les 26, 27 et 28 juin, plusieurs quartiers de Lomé, mais aussi d’autres villes du pays, ont été le théâtre d’une mobilisation citoyenne spontanée, pacifique et profondément
républicaine. Cette indignation populaire a rassemblé des jeunes, des femmes, des
commerçants, des travailleurs, tous unis pour dire non au coup de force constitutionnel et
demander la fin du régime. Alors que certains ont manifesté leur indignation en sortant dans
les rues, d’autres encore plus nombreux ont choisi d’être absents de leur poste de travail.
Au lieu d’entendre cette clameur, le pouvoir en place y a répondu par la répression brutale et la
terreur.
Des unités des forces de maintien d’ordre, dépassées par l’ampleur de la mobilisation, ont été renforcées par des éléments de l’armée, qui, eux, ont frappé sans discernement, y compris des femmes, à coups de cordelettes et de bâtons. Des miliciens en civil armés ont été aperçus circulant librement, en toute impunité. Plusieurs vidéos authentifiées les montrent à l’œuvre, et certains d’entre eux ont été formellement identifiés comme auteurs de violences passées, notamment le 29 septembre 2024 au siège de la CDPA.
Des arrestations arbitraires, des intimidations, des poursuites jusque dans les maisons, des cas
de torture et de détention illégale ont été rapportés par les associations de droit de l’homme.
Et plus grave encore : cinq cadavres ont été retrouvés dans la lagune de Lomé, sans qu’aucune autorité ne daigne s’expliquer.
Face à cette situation gravissime, nous pensions, en tant que députés, que notre institution qui
devrait se sentir interpellée au plus haut point aurait le réflexe républicain de se réunir en urgence pour :
- condamner la répression violente contre les manifestants pacifiques ;
- exiger la libération immédiate des personnes arbitrairement arrêtées ;
- demander l’ouverture d’une enquête indépendante sur les morts suspectes ;
- interpeller le ministre de la sécurité pour qu’il s’explique sur les violences inouïes d’une
autre époque et le recours aux milices ;
- adresser une mise en garde solennelle aux forces de l’ordre contre tout acte manifestement
illégal ;
- réaffirmer le droit fondamental du peuple à manifester ;
- refuser la tenue d’élections municipales par une CENI manifestement illégale qu’il nous
revenait de recomposer et surtout dans ce climat de tension exacerbées par une violence
inouïe exercée par les forces de défense et les milices qui les ont assistées ;
- aider à trouver une solution durable à la crise profonde que traverse notre pays.
Mais rien de tout cela n’a été fait. L’Assemblée nationale censée être la voix du peuple, a choisi
la fuite en avant. Elle se prépare à clore sa session sans aborder l’urgence nationale que
constitue la crise que traverse notre pays, alors que notre Règlement intérieur dispose à l’article 31 que : « l’Assemblée nationale peut être convoquée en session extraordinaire en cas
de crise majeure ou de trouble à l’ordre public ».
L’histoire retiendra les noms de ceux qui auront gardé le silence. Elle n’oubliera pas celles et
ceux qui, aujourd’hui, ont choisi d’assumer leur responsabilité de représentant du peuple alors que ce dernier est en grande détresse.
Notre devoir de députés n’est pas de siéger dans un confort climatisé pendant que le peuple
est asphyxié au gaz lacrymogène. Notre devoir, c’est d’être du côté de ceux qui se lèvent, au
péril de leur sécurité, voire de leur vie pour revendiquer la démocratie, la justice et la dignité.
Voilà pourquoi nous, députés de la nation et signataires de cette lettre, refusons de participer à cette mascarade institutionnelle, à cette Assemblée réduite à une chambre d’enregistrement docile, muette face à l’arbitraire.
En tant qu’élus, notre silence devant l’oppression, fera de nous des complices de la répression de nos électeurs. Nous devons comprendre que ce n’est pas le peuple qui menace la République. C’est l’inaction complice de ceux qui, sous prétexte d’ordre, laissent les libertés s’éteindre une à une.
Par contre nous serions disponibles à participer à une session extraordinaire convoquée
conformément aux dispositions de l’article 31, sur la situation que connaît notre pays depuis le
6 juin 2025.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre considération distinguée.
Fait à Lomé, le 29 Juin 2025
Les signataires
Prof. GOGUE Tchabouré Mr WONYRA Kossivi
Député de l’ADDI Député de l’ADDI
Mme
ADJAMAGBO-JOHNSON Kafui.
Députée de la DMP
