8 mars au Togo : entre avancées législatives et défis persistants pour les femmesLongtemps cantonnée aux rôles traditionnels, la femme togolaise est aujourd’hui au cœur de la stratégie de développement du pays.

Le Togo brille désormais au sommet de plusieurs classements africains concernant la présence des femmes aux postes de décision. Une avancée notable qui témoigne d’une volonté politique affirmée. Cependant, l’heure est aujourd’hui à la confrontation avec les réalités de la base.
En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, le défi n’est plus seulement de voter des lois. Il s’agit désormais de financer leur application effective et surtout de briser les tabous sociaux encore profondément ancrés.
Des réformes juridiques pour renforcer les droits des femmes
Ces dernières années, le Togo a procédé à une révision importante de ses textes fondamentaux afin d’éliminer les discriminations persistantes envers les femmes.

Le nouveau code pénal prévoit notamment un durcissement des sanctions contre les violences basées sur le genre (VBG) et le harcèlement sexuel, aussi bien dans les milieux professionnels que scolaires.
Par ailleurs, l’adoption de lois garantissant l’égalité de rémunération et l’accès à la couverture santé universelle inclut désormais des dispositions spécifiques en faveur de la santé maternelle.
Les réformes ont également supprimé le délai de viduité, une pratique qui obligeait les femmes à attendre un certain temps avant de pouvoir se remarier. Cette mesure rétablit des conditions plus équitables entre hommes et femmes en matière de remariage. Dans le même temps, les droits de succession et la protection du domicile conjugal ont été renforcés.
Une progression notable des femmes dans les postes de décision
La présence féminine dans les institutions politiques togolaises a connu une évolution remarquable ces dernières années.

Pour la première fois dans l’histoire du pays, deux postes majeurs de l’État ont été occupés par des femmes : la Primature, confiée à Victoire Tomégah-Dogbé, et la présidence de l’Assemblée nationale, assurée par Chantal Yawa Djigbodi Tsègan jusqu’en 2024.
Les élections législatives de 2024 ont également marqué un tournant. En décembre 2025, 24 femmes siégeaient à l’Assemblée nationale, contre 17 l’année précédente.
Les réformes électorales imposent désormais une parité sur les listes électorales, favorisant progressivement l’émergence de femmes maires et conseillères municipales.
L’autonomisation économique au cœur des politiques publiques
Le gouvernement togolais mise également sur le levier financier pour renforcer l’autonomie des femmes.
En 2025, malgré un contexte économique mondial complexe, l’entrepreneuriat féminin est resté dynamique. Une part importante des 14 202 nouvelles entreprises créées dans le pays est portée par des femmes.
Plusieurs mécanismes de financement soutiennent cette dynamique, notamment le Fonds national de la finance inclusive (FNFI). De nouveaux dispositifs de financement, dotés de 28 milliards de FCFA en 2025, ciblent prioritairement les projets portés par des femmes.

Le programme NanaTech accompagne quant à lui les femmes entrepreneures dans le secteur du numérique, afin de réduire le fossé technologique et favoriser leur présence dans les métiers du digital.
Grâce à ces initiatives, le Togo s’est hissé à la première place dans les zones CEDEAO et UEMOA en matière d’égalité des droits économiques entre hommes et femmes.
Des actions sociales pour soutenir les femmes au quotidien
Pour les autorités, l’autonomisation des femmes commence aussi par des actions concrètes à la base.
La gratuité des frais d’inscription aux examens nationaux, combinée aux programmes de cantines scolaires, a permis de réduire considérablement le taux d’abandon scolaire chez les jeunes filles.

Dans les grands marchés du pays, le gouvernement a également lancé l’installation de garderies intégrées. L’objectif est de permettre aux femmes commerçantes de mieux concilier vie professionnelle et responsabilités familiales.
Des avancées importantes dans la santé maternelle

Ces dernières années, la santé des femmes au Togo a également bénéficié d’initiatives majeures.
Le programme WEZOU, consacré à la santé maternelle, offre une gratuité partielle des soins liés à la maternité. Il a déjà bénéficié à plus de 630 000 femmes à travers le pays.
Parallèlement, l’État a renforcé l’accès à la planification familiale, notamment grâce à des partenariats avec l’UNFPA Togo.
Les campagnes de dépistage des cancers féminins ont également été intensifiées, même si des défis subsistent encore, notamment en matière d’équipements médicaux dans les zones rurales.
Des obstacles sociaux et économiques encore persistants

Malgré ces avancées législatives et institutionnelles, plusieurs freins continuent de limiter l’effectivité des droits des femmes.
Dans certaines zones rurales, le poids des traditions demeure très fort. Le droit coutumier prend souvent le pas sur le Code de la famille, privant encore certaines femmes de leurs droits en matière d’héritage ou de garde d’enfants.
Le silence autour des violences domestiques reste également préoccupant. Selon Afrobaromètre, la stigmatisation sociale empêche de nombreuses victimes de porter plainte, malgré le renforcement des sanctions prévues par le Code pénal.
Les femmes restent aussi confrontées à des difficultés d’accès au crédit bancaire, notamment en raison du manque de garanties foncières, la terre appartenant encore majoritairement aux hommes, souligne la Banque mondiale.
Santé et leadership local : des défis encore majeurs
Au niveau territorial, un plafond de verre subsiste. Les femmes restent encore sous-représentées dans les postes de maires ou de conseillères municipales, ce qui limite leur influence sur les décisions locales.

Sur le plan sanitaire, les défis demeurent également importants. Plusieurs spécialistes recommandent notamment :
- une subvention massive des dépistages (mammographies, frottis)
- un meilleur accès aux protocoles de chimiothérapie, souvent trop coûteux
- la création de fonds d’aide pour les soins post-thérapeutiques et l’accompagnement psychologique.
Il est également recommandé de lancer davantage de programmes éducatifs sur des pathologies encore méconnues, comme l’endométriose ou certaines maladies cardiovasculaires spécifiques aux femmes.
Un enjeu désormais culturel et sociétal
Le Togo dispose aujourd’hui d’un cadre législatif solide pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes.
Mais le véritable défi réside désormais dans la sensibilisation des communautés et le changement des mentalités.
L’objectif est que les droits inscrits dans la loi deviennent une réalité quotidienne pour chaque Togolaise, qu’elle vive à Lomé, à Kara ou à Cinkassé.
