(Öri Infos) – Autrefois dans nos sociétés africaines, la tradition était très respectée. Nul n’osait défier ou braver les interdits et les totems instaurés dans chaque clan ou dans chaque maison familiale par les ancêtres fondateurs. Le châtiment ne se fait pas prier quand on joue à l’insolent ou au téméraire. Les conséquences sont toujours immédiates pour servir d’exemple aux autres.
Même si nos parents et grand-parents ignorent parfois la raison de ces croyances ancestrales, elles ont bel et bien une explication.


« On ne balaie pas la nuit » ; « On ne siffle pas la nuit » ; « On ne se coupe pas les ongles la nuit » ; « On ne chante pas sous la douche ou à la cuisine »; etc. sont autant d’interdits qui ont leur fondement dans les pratiques ancestrales.
Au Togo, si aucune loi de la République n’interdit le ménage nocturne, le balai en soirée reste chargé d’une portée symbolique forte. Alors, s’agit-il d’une superstition tenace ou d’une règle de savoir-vivre transmise de génération en génération ?
La nuit, ce moment habité par les présences invisibles
Pour saisir la portée de cet interdit silencieux, il faut comprendre le rapport que la tradition togolaise entretient avec le cycle nycthéméral. Dans la cosmogonie locale qu’elle soit éwé, kabyè, le jour appartient au labeur des vivants, tandis que la nuit est le domaine du repos, mais aussi celui des ancêtres et des esprits protecteurs du foyer.

Dans cet espace-temps particulier, le balai quitte son simple statut d’outil d’entretien pour devenir un instrument d’expulsion.
- Balayer la bénédiction : La croyance populaire veut qu’en balayant dans l’obscurité, on risque de « chasser la chance », la prospérité ou l’argent accumulé durant la journée hors de la concession.
- Déranger les ancêtres : La cour intérieure et le seuil de la maison constituent des zones de transition spirituelle. Passer le balai la nuit revient symboliquement à projeter de la poussière sur les aïeux invisibles qui veillent sur la famille.
L’adhésion à cet usage n’est pas uniforme à travers le pays. Dans les appartements modernes de Klikamé ou les quartiers branchés de Lomé, de nombreux jeunes professionnels, soumis à des horaires de travail tardifs, ne prêtent plus vraiment attention à cet interdit.
À l’inverse, dans les concessions familiales d’Amoutivé, de Bé, ou dans les localités de l’intérieur comme Vogan ou Sokodé, la norme demeure ancrée. Il ne s’agit pas d’un dogme rigide, mais d’un signe de respect envers les aînés. Si la mère de famille ou la grand-mère veille au grain, l’usage s’impose naturellement à toute la maison.

Notons que cette sensibilité autour du ménage nocturne ne s’arrête pas aux frontières togolaises. On la retrouve avec des nuances identiques chez le voisin béninois d’Ouidah à Porto-Novo, témoignant d’un socle culturel et spirituel partagé tout le long du golfe du Bénin, où le respect du visible et de l’invisible continue de dicter, en douceur, les gestes de la vie quotidienne.

