Les chiffres sont tombés, et avec eux une nouvelle secousse dans le paysage politique camerounais. Paul Biya, 92 ans, serait réélu avec 53,66 % des voix selon la Commission nationale de recensement. Un score “honorable”, selon ses partisans, mais contesté dès sa publication par son principal rival, Issa Tchiroma Bakary, qui revendique la victoire “du peuple” avec près de 60 % des suffrages.
Depuis le 13 octobre, les bureaux de la Commission électorale ont fonctionné sous haute surveillance. Trois jours de délibérations intenses ont abouti à ces chiffres, censés refléter la volonté nationale. Mais à Yaoundé, le doute s’est déjà installé. Dans son quartier général de campagne, Issa Tchiroma, visiblement déterminé, a dénoncé ce qu’il appelle “une mascarade institutionnelle orchestrée pour prolonger un système à bout de souffle”.
Ancien ministre de la Communication de Paul Biya, devenu son adversaire, Tchiroma incarne aujourd’hui une opposition d’expérience, capable de capter une partie du vote contestataire sans rompre totalement avec l’ordre établi. Son équipe affirme détenir “les preuves irréfutables” d’un écart massif entre les résultats officiels et les chiffres compilés localement.
Dans les cercles diplomatiques, la prudence est de mise. Si l’Union africaine salue “le calme relatif” du scrutin, l’Union européenne appelle à “plus de transparence dans la publication des procès-verbaux”. La Cour constitutionnelle camerounaise est désormais sous pression : elle devra trancher entre la continuité incarnée par Biya et la contestation symbolisée par Tchiroma.
Cette élection, la douzième du long règne de Paul Biya, pose une question cruciale : le Cameroun est-il prêt pour l’alternance ?
Alors que la rue commence à gronder, une certitude s’impose : quelle que soit l’issue, le pays entre dans une nouvelle phase de son histoire politique, faite de défiance, de calculs et d’espoirs mêlés.
