(Öri Infos) – Pendant deux jours, la capitale togolaise s’est imposée comme l’épicentre du débat continental sur les enjeux numériques, en accueillant la première édition du Forum International sur la Protection des Données à Caractère Personnel (FIPDCP). Une rencontre inédite, où institutions, acteurs du secteur privé, chercheurs et citoyens se sont donné rendez-vous pour repenser les fondements de la souveraineté numérique en Afrique.
Une mobilisation régionale forte autour d’un enjeu commun
Organisé du 29 au 30 juillet à l’Agora Senghor, l’événement a rassemblé une diversité impressionnante d’acteurs venus du Bénin, du Mali, du Togo, du Burkina Faso et d’ailleurs. L’objectif était clair : initier une dynamique panafricaine sur la régulation des données personnelles, dans un monde où celles-ci sont devenues un levier de pouvoir.
L’atmosphère était studieuse et engagée dès l’ouverture. Entre tables rondes et ateliers, les discussions ont porté sur l’harmonisation juridique, la coopération transfrontalière, mais aussi sur les outils techniques nécessaires à une gestion responsable des données.
« Nous devons cesser d’être de simples consommateurs de normes. Il est temps que nos pays deviennent producteurs de technologies et de cadres régulateurs », a lancé Me Godwin Amenyinu, membre du comité d’organisation, dans un appel à une reprise en main du destin numérique africain.
L’évènement en images





Une régulation à la fois juridique, technique et éthique
Les régulateurs présents, notamment de l’APDP Bénin, de l’IPDCP Togo et de l’APDP Mali, ont partagé leurs expériences respectives. Tous ont souligné l’importance d’un cadre juridique harmonisé, mais aussi adapté aux réalités africaines.
Le forum a également accordé une place de choix aux enjeux techniques : cybersécurité, anonymisation des données, intelligence artificielle éthique, ou encore gouvernance algorithmique. Ces interventions ont permis de montrer que la protection des données va bien au-delà des lois ; elle implique une réflexion globale sur l’usage des technologies.
« Le terme hacker fait souvent peur, car il est associé aux pirates informatiques et aux criminels du web. Pourtant, le hacker éthique agit du bon côté : il protège plutôt qu’il n’attaque. Mon rôle, chaque jour, c’est d’aider les gouvernements et les entreprises à se défendre contre les cybermenaces et à éviter les piratages », a souligné Clément Domingo, alias SAXX, hacker éthique et expert en cybersécurité, insistant sur l’importance de cette profession souvent mal comprise.
Former, éduquer, sensibiliser : un pilier essentiel
Si le forum a su parler aux institutions, il n’a pas oublié les citoyens. Des ateliers de sensibilisation, des formations, et des outils éducatifs ont été présentés comme autant de leviers pour construire une véritable culture de la donnée dès le plus jeune âge.
« L’objectif principal de ce forum, c’est de mettre en lumière le sujet de la protection des données personnelles à tous les niveaux : au sein des institutions publiques, des entreprises privées, mais surtout au sein de la population », a expliqué Marie Francine Ali, juriste en protection des données, insistant sur le rôle fondamental de la société civile.
Une dynamique appelée à s’inscrire dans la durée
Au-delà des panels, ce sont les échanges informels, les rencontres entre entrepreneurs, juristes, chercheurs, et étudiants qui ont laissé entrevoir des collaborations futures. Le networking, très actif, a renforcé l’idée que l’Afrique peut bâtir des solutions endogènes, adaptées à ses besoins.
Clôturé officiellement le 30 juillet, le FIPDCP s’est prolongé le lendemain par un atelier juridique à destination des étudiants, un geste symbolique fort pour impliquer la jeunesse dans les débats structurants.
Vers une régulation africaine des données : une ambition crédible
Soutenu par des partenaires comme Cyber Defense Africa, Africa Data Protection ou encore ASIN Bénin, ce forum a confirmé que l’Afrique ne subit pas l’ère numérique : elle s’en empare. Elle se dote d’outils, de savoirs et d’une volonté politique pour affirmer sa souveraineté sur les données personnelles.
Le rendez-vous est désormais pris pour la suite : ancrer cette dynamique dans les politiques nationales et régionales, et faire du FIPDCP un rendez-vous régulier de la régulation numérique africaine.
