Depuis mi-janvier 2025, plus de 600 classes sénégalaises expérimentent un programme d’enseignement de l’anglais dès la maternelle et l’élémentaire. Cette initiative vise à renforcer les compétences linguistiques des élèves et à préparer le Sénégal à une meilleure intégration dans la mondialisation.

Un apprentissage précoce pour de meilleurs résultats
Dans une école maternelle de Dakar, des enfants de cinq ans répondent en chœur à leur enseignante : « Good morning teacher! ». Ces jeunes élèves, qui suivent désormais des cours d’anglais aux côtés du français, répètent avec enthousiasme les mots enseignés.
« Ils sont intéressés par la leçon et dialoguent en se lançant ‘How are you ?’ », témoigne Absa Ndiaye, une enseignante participant au programme pilote.
Jusqu’à présent, l’anglais était introduit dans les écoles publiques à partir de la sixième. Mais selon Aïssatou Sarr Cissé, responsable du programme d’anglais au ministère de l’Éducation, cet apprentissage tardif limite les compétences linguistiques des élèves :
« Après sept ans d’enseignement, les élèves s’expriment à peine correctement en anglais. Il faut commencer dès le jeune âge pour améliorer leurs capacités. »
Le programme prévoit ainsi deux séances hebdomadaires de 25 minutes en maternelle et de 30 minutes dans l’élémentaire.
Un enjeu stratégique pour le Sénégal
L’initiative s’inscrit dans la volonté du président Bassirou Diomaye Faye d’accroître l’ouverture du pays sur la scène internationale, tout en rééquilibrant les relations avec la France.
« L’objectif est de former des hommes ouverts au monde. La maîtrise de l’anglais facilite l’accès aux opportunités économiques et académiques, et renforce la coopération avec les partenaires du Sénégal », explique Mme Cissé.
Le Sénégal, qui a récemment rejoint le cercle des producteurs de pétrole et de gaz, entend ainsi renforcer sa compétitivité en facilitant l’accès de sa population à l’anglais, langue dominante des affaires et de la diplomatie.
Engouement des élèves, mais des défis logistiques
Dans une école primaire du quartier populaire de la Médina, l’enseignant Mamadou Kama constate un réel enthousiasme :
« Certains élèves demandent que le cours se fasse tous les jours », témoigne-t-il.
Cependant, la mise en œuvre du programme rencontre des défis. De nombreux enseignants n’ont pas encore reçu le matériel pédagogique promis par le ministère. En attendant la livraison des ordinateurs et tablettes commandés, ils utilisent des documents imprimés contenant des images ludiques.
« Nous n’avons pas eu le temps de produire des manuels, mais des ressources numériques ont été prévues », assure Mme Cissé.

Un projet accueilli avec scepticisme par certains
Si l’initiative est saluée par des experts comme Ousmane Sène, directeur du West African Research Center (WARC), d’autres expriment des doutes.
« L’anglais est un atout supplémentaire, mais il faut d’abord bien former et équiper les enseignants », souligne-t-il.
D’autres critiques pointent le manque d’enseignants qualifiés.
« Sous ce seul rapport, l’introduction de l’anglais au préscolaire et à l’élémentaire est une chimère, donc irréalisable », estime l’ex-député et enseignant à la retraite Samba Diouldé Thiam. Il s’interroge aussi sur les motivations réelles du projet :
« Est-ce pour concurrencer le français ? Pour séduire les Anglo-Saxons ? Ou pour retarder l’introduction des langues nationales dans le système scolaire ? »
L’ancien ministre de l’Éducation, Serigne Mbaye Thiam, suggère quant à lui de s’attaquer d’abord aux lacunes actuelles :
« Il aurait été plus judicieux de comprendre pourquoi les élèves sénégalais, qui apprennent l’anglais de la sixième à la terminale, peinent à acquérir les compétences nécessaires. »
Un pari sur l’avenir
Malgré les défis logistiques et les controverses, le programme pilote se poursuit, avec l’espoir qu’un enseignement précoce de l’anglais ouvre de nouvelles perspectives aux jeunes Sénégalais. Reste à voir si le projet sera élargi à l’ensemble du pays dans les prochaines années.
