La mode africaine puise sa richesse dans la diversité de ses textiles. Parmi les plus emblématiques, le wax, le kente et le bazin occupent une place particulière. Ces tissus portent en eux des siècles d’histoire, de savoir‑faire et de symbolisme. Aujourd’hui, designers et consommatrices les réinventent pour créer des looks contemporains qui célèbrent l’héritage africain tout en s’inscrivant dans les tendances globales. Cette démarche est d’autant plus pertinente au Togo, où l’artisanat textile est un pilier de l’économie et de l’identité culturelle.
Kente : un héritage royal ghanéen
Né chez les Ashanti du Ghana, le kente est l’un des tissus les plus prestigieux d’Afrique de l’Ouest. Selon une légende populaire, deux jeunes hommes Ota Karaban et Kwaku Ameyaw auraient observé une araignée tissant sa toile et en auraient reproduit les motifs avec des fils de coton. Rapportée au souverain Ashanti, cette nouvelle technique de tissage donna naissance au kente, réservé à l’origine à la royauté et aux grandes occasions. Même démocratisé, le kente reste associé à la richesse et au pouvoir spirituel.
Le kente est tissé à la main sur des métiers horizontaux qui produisent des bandes étroites ensuite cousues ensemble. Chaque couleur porte une signification précise : l’or évoque la royauté et la gloire, le vert symbolise la croissance et la fertilité, le noir représente la maturité et l’énergie spirituelle, tandis que le rouge renvoie aux rites et sacrifices.
Moderniser le kente :
- Couper et assembler différemment : associez une jupe kente à une chemise en jean ou à un blazer structuré pour un contraste entre tradition et modernité.
- Accessoiriser en douceur : headbands, sacs ou escarpins recouverts de kente apportent une touche colorée à un look sobre.
- Jouer sur les motifs : alternez des rayures kente avec des textiles unis pour créer un effet graphique.



Contrairement à une idée reçue, le wax n’est pas un tissu africain d’origine. Son histoire commence en Indonésie : les batiks étaient réalisés en appliquant de la cire d’abeille sur le tissu avant la teinture. Au XIXᵉ siècle, les Néerlandais adaptent cette technique et la baptisent « wax » (cire en néerlandais). Ils l’utilisent comme monnaie d’échange dans les ports négriers de la côte ouest africaine : des navires à moitié chargés de fusils et d’alcool et à moitié de tissus wax repartent vers l’Amérique avec des esclaves. Plus tard, des soldats africains enrôlés dans l’armée néerlandaise découvrent le wax et le ramènent chez eux, contribuant à son adoption massive sur le continent.

Wax : de la cire indonésienne aux marchés africains
Le succès commercial du wax a fini par supplanter de nombreux textiles locaux et uniformiser les motifs, parfois copiés sur le kente. Aujourd’hui, certaines créatrices africaines se réapproprient ce tissu en privilégiant des motifs originaux et en s’inscrivant dans une démarche écoresponsable.
Moderniser le wax :
- Oser les coupes contemporaines : robes trench, combinaisons ou corsets en wax apportent une allure urbaine.
- Mélanger avec d’autres matières : combinez un top wax à un jean taille haute ou un pantalon en cuir pour un contraste de textures.
- Recycler et accessoiriser : transformez des chutes de wax en bijoux, housses de coussin ou couvertures.





Bazin : le damas européen sublimé par l’Afrique de l’Ouest
Le bazin, aussi appelé shedda, est un tissu damassé (damas) importé en Afrique de l’Ouest. Sa particularité ? Une armure en satin ou en sergé qui crée des motifs géométriques légèrement en relief. L’appellation vient du bombasin (ou bombasine), un tissu de soie et de laine fabriqué en Europe depuis le XVIIIᵉ siècle. Dès le XIXᵉ siècle, la version en coton est exportée vers l’Afrique et gagne une popularité immense, notamment au Mali, où elle est teinte en utilisant des techniques locales comme le tie‑and‑dye.
Trois qualités de bazin coexistent : premium, tissé en Europe avec des fils de coton fins ; moyennement riche, fabriqué en Chine pour le marché africain ; et moins riche, de qualité inférieure. Les grandes maisons européennes Getzner (Autriche), Curt Bauer (Allemagne) et JH Victoire (Pays‑Bas) dominent le marché. En Afrique, on reconnaît le bazin à sa texture rigide et brillante. Ce tissu est idéal pour les boubous amples ou les ensembles de fête.
Moderniser le bazin :
- Expérimenter les couleurs : adoptez les bazins teints artisanalement en turquoise, rose ou violet plutôt que le blanc traditionnel.
- Créer des silhouettes fusion : un crop‑top ou un pantalon large en bazin peut s’associer à des pièces minimalistes (chemise en lin, blazer neutre).
- Décoration d’intérieur : le bazin teinté peut aussi habiller des coussins ou des rideaux, apportant une touche culturelle à votre maison.





Conseils pour valoriser ces tissus au Togo
- Soutenir les artisanes et créatrices locales : achetez directement auprès de tisserands ou de couturières de Lomé, Kara ou Sokodé. Cela garantit une rémunération juste et contribue à préserver les savoir‑faire.
- Mixer tradition et modernité : associez un pagne ou un kente à des basiques occidentaux (jean, chemise blanche) pour un look équilibré.
- Opter pour des matières durables : privilégiez des tissus biologiques ou recyclés et informez‑vous sur la chaîne de production.
- Recycler et upcycler : transformez des chutes de wax en bandeaux, sacs ou pochettes. Personnalisez un vieux bazin en lui appliquant une teinture ou un tie‑and‑dye.
- Partager vos créations sur les réseaux sociaux : Instagram, TikTok ou WhatsApp sont d’excellentes vitrines pour promouvoir la mode africaine et encourager d’autres jeunes femmes à s’approprier ces tissus.
Le wax, le kente et le bazin racontent chacun une histoire. Le kente porte les symboles du royaume ashanti ; le wax témoigne de l’interaction complexe entre l’Indonésie, l’Europe et l’Afrique ; le bazin illustre la capacité des sociétés africaines à transformer un textile importé en un objet culturel unique. Aujourd’hui, ces tissus sont revalorisés par une nouvelle génération de créatrices, qui les intègrent dans des coupes modernes et durables. En tant que consommatrices togolaises, les jeunes filles peuvent embrasser cet héritage tout en participant à la renaissance d’une mode africaine fière, responsable et innovante.
