(Öri Infos) – Depuis plusieurs semaines, les automobilistes empruntant l’avenue de la Victoire, au niveau du CHU Campus à Lomé, font face à un embouteillage persistant. En cause : les interventions continues autour du lac de Nyékonakpoé. Sur place, les équipes du Comité de gestion de la lagune ouest, appuyées par des ouvriers du BTP, s’activent pour extraire une plante aquatique envahissante : la Jacinthe d’eau.
Une espèce venue de loin, mais bien installée
Originaire d’Amérique du Sud, la Jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes) a été introduite à travers le monde pour ses qualités esthétiques ou agricoles. Au Togo, elle aurait traversé la frontière depuis le Ghana, où elle est déjà considérée comme nuisible, notamment dans le complexe lagunaire de Bè. Désormais, elle colonise le lac de Nyékonakpoé, bouleversant son équilibre écologique.

Un envahisseur végétal difficile à contenir
Dotée d’une capacité de croissance impressionnante — jusqu’à 5 mètres carrés par jour — la Jacinthe d’eau est aujourd’hui l’une des plantes les plus invasives au monde. Grâce à ses racines pouvant atteindre 3 mètres de profondeur et ses pétales remplis d’air, elle forme de véritables tapis flottants, bloquant la lumière et réduisant l’oxygène disponible pour la vie aquatique.
Son mode de reproduction asexué lui permet de proliférer rapidement, d’autant qu’aucun prédateur naturel comme le lamantin n’est présent dans ces eaux.

Un impact économique et environnemental majeur
Les conséquences de cette prolifération sont multiples :
- Baisse du taux d’oxygène dans l’eau, perturbant l’écosystème local.
- Eutrophisation accélérée, entraînant la prolifération d’algues et de bactéries.
- Difficultés croissantes pour les pêcheurs riverains, confrontés à la raréfaction des poissons.
- Coûts de gestion élevés pour les autorités locales, avec des interventions régulières de la mairie de Lomé et de l’ANASAP.
Le transport de la plante, gorgée à 90 % d’eau, complique les opérations d’évacuation. De plus, les travailleurs engagés dans ces opérations sont parfois exposés à des risques sanitaires et sécuritaires.
Une menace… qui pourrait devenir une ressource
Malgré ses nuisances, la Jacinthe d’eau présente un potentiel de valorisation non négligeable, déjà exploité dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie :
- Traitement des eaux usées : elle absorbe les métaux lourds et nutriments en excès.
- Compostage : utilisée comme engrais organique après traitement.
- Alimentation animale : transformée en farine pour l’élevage de volailles, porcs ou poissons.
- Artisanat et mobilier : ses tiges séchées permettent la fabrication d’objets décoratifs et de meubles, comme au Nigeria ou au Vietnam.
Dans un contexte où l’enseignement technique se développe à Lomé et où les centres de formation se multiplient, la création d’une filière locale de transformation pourrait offrir des débouchés pratiques et économiques pour les jeunes.
Une opportunité pour l’économie verte à Lomé ?
Et si le lac de Nyékonakpoé devenait un terrain d’expérimentation pour l’économie verte togolaise ? Plutôt que de considérer cette plante comme une simple nuisance, il est possible d’en faire un levier de développement, à condition de structurer une filière durable et inclusive.
La Jacinthe d’eau demeure une menace pour la biodiversité aquatique et la circulation à Lomé. Toutefois, avec une approche intégrée, combinant gestion écologique et valorisation économique, elle pourrait devenir un atout. La transition d’une logique d’urgence vers une stratégie de résilience est à portée de main — à condition d’en faire une priorité.
