(Öri Infos) – Sur les réseaux sociaux togolais, certaines publications sont devenues de véritables refrains : « J’ai faim, qui m’invite ? », «Qui pour me faire sortir ce soir ? », « Je suis à Baguida, quelqu’un pour un verre ? » ou le classique «Un 2 000 là sur mon Flooz ou Mixx by Yas».
Ces publications, souvent postées en « Statut WhatsApp » ou sur Facebook, ciblent une communauté d’amis ou d’abonnés. Sur les réseaux sociaux, la frontière entre le privé et le public est devenue floue. Demander de l’argent ou une invitation en statut est perçu comme « moins grave » que de le faire en face à face. Le support numérique réduit le sentiment de honte : on lance une bouteille à la mer, et si personne ne répond, on peut toujours dire que « c’était une blague ».

Les réseaux sociaux, nouveau terrain de la quémande au Togo ?
Beaucoup de jeunes reproduisent ce qu’ils voient chez les influenceurs ou dans leurs cercles d’amis. C’est devenu un code social. À force de voir des captures d’écran de transferts reçus après un post humoristique, d’autres se disent : « Pourquoi pas moi ? ». Ce qui était une exception est devenu une stratégie de survie ou de divertissement validée par le groupe.
Aujourd’hui, on ne demande plus, on « joue ». En utilisant des formules comme « Un 2 000 là sur mon Flooz » ou « Qui m’aime m’invite », le demandeur transforme la mendicité en un petit jeu d’interaction. Cela permet de tester son pouvoir de séduction ou son niveau d’influence sur sa communauté tout en espérant un bénéfice réel.

Des pratiques qui cachent parfois un profond mal être
C’est vrai que le pays est dur. Parfois, la personne est vraiment dos au mur. Mais le problème, c’est que le mélange entre ceux qui s’amusent et ceux qui ont faim finit par agacer tout le monde. À la fin, la majorité ne sait plus qui aider réellement.
Une chose est certaine. Les réseaux sociaux ont muté. Ils ne sont plus seulement des espaces de divertissement ou d’information, mais aussi des guichets automatiques virtuels. On y cherche un soutien matériel immédiat.
Donc limiter ce phénomène à de la simple paresse serait une erreur. Le contexte togolais, marqué par la chômage des jeunes et le coût de la vie qui grimpe, pousse certains à utiliser le numérique comme un filet de sécurité informel. C’est l’économie de la « débrouille » qui se digitalise.
Si pour beaucoup, il ne s’agit que de « chercher le buzz » ou de tester sa popularité, d’autres y voient une dérive inquiétante. À force de répétition, ces demandes publiques installent une culture de la dépendance affichée.
Et vous, quelle est votre réaction quand vous voyez ces statuts ?

